Margot “Le fait de voir que l’on n’est pas seul fait réellement du bien“

bietpanvisibles:

Bonjour à tous

Je ne vais pas être très originale, et parler de ma propre expérience de pansexuelle/bisexuelle, tout simplement car je ne fréquente pas (à ma connaissance) de non-hétéros, ce qui ne me permet pas trop de parler d’une expérience globale. J’ai 18 ans, et pas vraiment « out-ée »…

C’est étrange car je n’ai pleinement pris conscience de ma non-hétérosexualité que cette année. J’ai au cours de ma vie déjà eu des attirances envers des filles, ce qui m’a même à plusieurs reprises fait m’interroger très brièvement sur mon orientation sexuelle, mais ce n’est pas allé plus loin. Je ne sais pas trop expliquer le phénomène, c’est un peu comme si au final « je ne m’était pas vraiment posé la question », les quelques interrogations que j’avais étant vite balayées par d’autres pensées, mais je pense pouvoir dire qu’au fond, je le savais pertinemment.

Cela tient peut-être au fait que j’ai eu la chance de grandir avec deux parents que je sais ouverts à la question (ma mère fait partie des femmes qui rêvent d’avoir un ami gay !), et que donc les questions LGBT n’ont jamais posé un problème, ce qui fait que j’ai vécu mon orientation très naturellement. Je ne suis de plus sortie qu’avec des garçons.

C’est donc en ce début d’année que, sans crier gare, je me suis enfin vraiment dit que tout ça n’était pas très cohérent. Que vu que je peux être attirées par des filles, et vouloir construire une relation avec elles, je ne suis visiblement pas hétérosexuelle. Cependant, je ne suis clairement pas lesbienne non plus, car également attirée par les hommes. Et en y réfléchissant plus sérieusement, potentiellement les personnes intersexuées, transgenre, non-binaires,… aussi. J’avais un gros problème, je ne rentrais pas dans les cases.

J’ai donc voulu éclaircir un peu la question, et effectué quelques recherches. Dans un premier temps, le terme bisexuelle me faisait peur. Mais vraiment ! Pour moi, il était trop connoté nymphomane, effet de mode et « le cul entre deux chaises ». Et puis le préfixe « bi » me dérangeait, car excluant.

Je suis alors tombée sur la définition de la pansexualité. Et je me suis dit « mais c’est bien-sûr ! », je suis pansexuelle ! Vous ne pouvez pas imaginer le soulagement ce jour-là, j’étais quelque-chose. C’est complètement idiot, ce ne sont pas les mots qui doivent nous définir, mais alors que je venais de bousculer mes repères, il m’était indispensable d’en trouver de nouveaux.

J’ai alors pas mal lu de forums (notamment bisexualite.info, si je peux leur faire de la pub), et des articles en anglais sur la pansexualité. Au fur et à mesure que je découvrais cette communauté, je me suis sentie de plus en plus à l’aise avec mon orientation sexuelle. Car si je n’ai personnellement jamais ressenti de honte par rapport à mon orientation, jusqu’alors je ne savais même pas qu’elle existait ! Le fait de voir que l’on n’est pas seul fait réellement du bien.

Je suis devenue plus au courant des questions LGBT (j’y étais déjà sensible, notamment les problématiques auxquelles font face personnes intersexuées grâce à l’excellent livre Le chœur des femmes de Martin Winckler, que ma mère m’a prêté et que j’ai lu il y a quelques années), et eu un regard un peu plus militant sur le sujet.

Tout ce travail de documentation et de recherche a dégagé une constante : la bisexualité est invisible, ou alors très facilement dénigrée. Ça m’a incité à me rabibocher avec le terme, qui s’avère beaucoup plus connu que la pansexualité, mais aussi car beaucoup de bisexuel(le)s ne se limitent pas à la binarité homme/femme.

J’ai cependant été réellement choquée de voir que s’il y a une parfois une certaine biphobie de la part d’hétéros, il y en avait aussi énormément au sein de la communauté gay et lesbienne. Nombreux sont ceux déclarant qu’ils ne sortiront jamais avec un(e) bi(e), ou carrément ouvertement hostiles.

Je me suis alors dit qu’il était nécessaire de faire quelque chose pour que progressivement les mentalités évoluent. Et que l’idéal serait de se rendre visibles. Que si les gens connaissent des bi(es), ils sauront que non, nous ne sautons pas sur tout ce qui bouge, nous ne sommes pas infidèles (du moins, pas plus que les hétéros), ou indécis, mais surtout, que nous EXISTONS. Peu de gens arrivent à concevoir qu’il est possible de s’intéresser à quelqu’un quel que soit son genre. « Nan mais tu as forcément une préférence ! ». Oui, par phases, même si j’ai globalement tendance à préférer les femmes (ce qu’il s’est clairement amplifié depuis que j’ai pris conscience de ma bisexualité, je crois que quelque chose s’est « débloqué »). Mais ce ne va pas plus loin que si je disais préférer les bruns ! Ça n’exclurait pas que je puisse très bien tomber amoureuse d’un blond ou d’un roux. Et bien là c’est pareil, pour moi le genre ne compte pas plus qu’une couleur de cheveux.

Arrivé à ce point, j’avais besoin d’en parler à quelqu’un, c’est pourquoi j’ai fait mon coming-out auprès de ma mère. Ça s’est évidemment très bien passé, mais je le savais d’avance, à défaut d’un ami gay, elle a une fille bisexuelle ! Une phrase m’a particulièrement amusée : « En fait ce ne me surprend pas, je veux dire ça te correspond ». Ben oui, évidemment, ce n’est pas nouveau, ça a toujours fait partie de moi !

C’est pour l’instant la seule personne au courant, avec une ancienne camarade de classe qui m’a croisée dans le train alors que je revenais de la marche des fiertés cet été. Mais je profite de cette journée pour faire un pas en avant vers la visibilité, surtout si je décide de publier ce texte sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas facile pour moi, car jeune étudiante en médecine, j’espère bien faire carrière, et j’ai réellement peur de me faire discriminer si cela vient à trop se savoir. L’éternel dilemme entre militantisme et confort du placard…

En parlant de la marche des fiertés, je pense que pour ceux qui commencent seulement à apprivoiser leur orientation, ça peut être super. Voir des non-hétéros s’assumer m’a réellement fait du bien, et profondément émue (j’ai même versé ma petite larme… c’est dire !). Par contre j’ai fait l’erreur d’y aller seule, et n’aimant pas la musique électro et danser, je ne m’y suis pas sentie pleinement à ma place. C’est d’ailleurs avec ce mélange d’émotions contradictoires que j’ai aperçu Cordélia, qui a reconnu mon drapeau, mais j’étais beaucoup trop timide et pas dans le bon état d’esprit pour aller l’aborder (elle a même dû me trouver un peu bizarre… si elle s’en souvient, je vais voir si elle confirme ahah).

Cependant, je crois que ça m’a vraiment permis de m’affirmer pleinement en tant que bisexuelle, alors je recommande pleinement !

Maintenant, je commence la fac, et je porte en permanence un bracelet fait maison du drapeau de la bisexualité. C’est le coming-out facile et sélectif, car seules les personnes LGBT ou un minimum friendly peuvent avoir une chance de le reconnaître. La transition entre le placard fermé à clef et celui grand ouvert est progressive, ce bracelet est ma première étape ! Car si pour l’instant personne ne l’a remarqué, psychologiquement le fait de porter un signe distinctif n’est pas anodin.

Donc si j’ai écrit ce petit texte, c’est car j’espère que ça pourra aider des jeunes en plein questionnement, en voyant qu’ils ne sont pas seuls, notamment s’ils ont un entourage LGBT-phobe. A mon avis, plus il y a de personnes qui se rendent visibles, moins nous serons marginalisés…

Voili voilou… je vous souhaite à tous une excellente journée internationale de la bisexualité !

(c)